Cathulu

Critique de livre, humeurs...

03/02/08

Quand le cinéma guimauve mène à la poésie

Dans son Manuel de  poésithérapie, Jean-Joseph Julaud se proposait avec beaucoup d'humour et d'érudition  de  guérir les maux de notre vie avec les mots des poètes.3189G60MS3L
Je doute fort que les  scénaristes de In her shoes ait lu  ce manuel mais ils ont utilisé cette idée de manière caricaturale dans le film, un poème d'Elisabeth Bishop guérissant en un rien de  temps la  dyslexie du personnage interprété par Cameron Diaz.
J'ignore si  les ventes de cette poétesse ont grimpé , mais j'ai trouvé ce procédé assez malhonnête quand on sait la difficulté à traiter la dyslexie  et les souffrances qu'elle peut entraîner.
Néanmoins, le poème est très beau,le  voici:

L’art de la perte

 

L’art de la perte n’est pas dur à maîtriser,

tant de choses sont d’un naturel si fuyant,

que leur perte n’est pas une calamité.

 

Perdez quelque chose chaque jour .Acceptez la contrariété

de la disparition de vos clés, d’un moment absent.

L’art de la perte n’est pas dur à maîtriser.

 

Puis habituez-vous à perdre, perdez, perdez :

les endroits , les noms, et même la clé des champs.

Rien de cela ne sera une calamité.

 

J’ai perdu la montre de ma mère. Eh, tiens ! pas la dernière mais

l’avant-dernière de trois maisons que j’aimais pourtant.

L’art de la perte n’est pas dur à maîtriser.

 

J’ai perdu deux villes, très jolies. Sans compter

des royaumes que je possédais, deux fleuves, un continent.

Ils me manquent, mais ce ne fut pas une calamité.

 

-Même ta perte (la voix moqueuse, un geste aimé)

ne saurait me faire mentir, c’est évident

l’art de la perte n’est pas trop dur à maîtriser

même s’il apparaît comme (écris-le !) comme une calamité.

 

Posté par Cathulu à 08:39:00 - Poésie - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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