31 mars 2008
"Le corps cassé/toujours vivant/ je traverse l'été."
Deux femmes issues de milieux sociaux tout à fait opposés. L'une très jeune, mère involontaire, qui s'apprête à accoucher sous X, Emilie. Judith, quant à elle, espère avec ferveur la naissance de son enfant, enfant qui ne survivra pas. Une logique folle se met alors en marche...A ce moment là du récit (nous ne sommes qu'au tout début de l 'action) j'ai failli lâcher le roman de Karine Reysset, Comme une mère.
Envisager quasi simultanément les deux faits que redoute le plus une mère me semblait de l'ordre de l'insoutenable.
Il faut savoir passer outre et découvrir les merveilles que recèle ce roman. L'auteure, en effet, fore avec obstination ce thème de la maternité, traque les ressemblances entre ces deux femmes dans leur rapport à la maternité. Toutes deux , pour des raisons totalement opposées auraient pu prononcer ces paroles : "Ma bouche lavée à grande eau de tous ces mots liés, ces mots tordus et râpeux comme de la laine de fer." le récit rebondit sans cesse, même si le rythme semble volontairement ralenti, comme si nous évoluions dans un cauchemar ...
Le séjour dans la thalasso nous montre également une lutte des classes en sourdine, feutrée...Sous des dehors bien lisses, la réalité est plus râpeuse...
La langue de Karine Reysset, toute en retenue, sauf quand explose la violence des mots enfouis depuis trop longtemps, nous fascine et nous entraîne dans sa poésie âpre et tendre. A tenter absolument.
Un grand merci à Amanda qui a fait voyager ce livre et a su me donner envie de le découvrir.
Pour retrouver un autre titre de cette auteure en poche, c'est ici.